Covid-19 : situation académique, analyses et positions du SNES-FSU

(article mis à jour le 15 mars 2020)

Depuis jeudi soir et l'annonce du président Macron de fermer les établissements, la situation évolue rapidement. La mise en place de la « continuité pédagogique » et l'organisation des établissements pendant la période de fermeture donne lieu à des dispositifs très variables d'un établissement à un autre, y compris au sein d'un même département. Très variable, évolutif puisqu'ordres et contre-ordres se succèdent. Réunions, convocations pour assurer des « permanences » dans les établissements, assemblées générales des personnels (parfois donc à plus de 100), conseils pédagogiques, conseils de classe en présence d'élèves, CIO ouverts, AESH et AED convoqués dans leurs établissements, formations maintenues (puis annulées)… Le rectorat a reçu les organisations syndicales vendredi après-midi : les services se refusaient à cette heure de donner des consignes précises et contraignantes aux chefs d'établissements, d'où les dérives constatées, exposant la santé des personnels.

Cela alors que le ministère indiquait ce même vendredi aux organisations syndicales au niveau national que "l’ensemble des personnels des écoles et établissements scolaires ne sont pas tenus de rejoindre systématiquement à partir de lundi 16 mars leur lieu de travail : les équipes de direction et les personnels indispensables pour assurer la mise en place de la continuité administrative et pédagogique, le lien avec les familles et les élèves, l’accueil des enfants des personnels de santé sans solution alternative de garde, ainsi que les personnels en charge de la salubrité et de la sécurité des établissements doivent être physiquement présents. Les autres personnels doivent être invités à privilégier le télétravail.". Le ministère l'a d'ailleurs rappelé par écrit dans sa Foire-aux-Questions.

Compte-tenu des déclarations du Premier Ministre samedi 14 au soir, le Ministre de l'Education Nationale a d'ailleurs été obligé de le concéder ce dimanche 15 au matin sur France Info : "Le chef d'établissement ne fera venir que le strict minimum, le but n'est pas de faire venir qui que ce soit, pour le principe de venir, certainement pas. Dans la quasi-totalité des cas, les professeurs qui seront présents lundi le seront parce qu'ils le veulent bien, sur la base du volontariat. Je fais confiance au professionnalisme des chefs d'établissement, pour faire ça de manière consensuelle localement, jamais de décision absurde, jamais ne faire venir quelqu'un pour le principe de le faire venir."

L’aspect inédit de la situation peut bien évidemment nécessiter des ajustements réguliers, mais les cafouillages et injonctions contradictoires de ces derniers jours montrent s'il en est l'état d'impréparation des services, et la mauvaise gestion de la crise par le Ministre, qui semblait davantage préoccupé par le fait de ne pas « payer les enseignant-es à ne rien faire » que par toute considération sanitaire : le jeudi 12 au matin, Jean-Michel Blanquer affirmait que la fermeture générale était exclue et a été contredit le soir-même par le président de la République ; le vendredi 13 mars, ses services ont édité une note réactualisée le samedi 14 mars, dans laquelle le cadrage était très flou, permettant aux chefs d'établissements de convoquer réunions et conseils de classe dans les EPLE, voire d'organiser un planning de permanences auxquelles devaient se rendre les collègues. Les formations inscrites au PAF n'étaient pas annulées. Ces dispositions ont été rendues caduques quelques heures plus tard par le Premier Ministre le soir-même.

Le bon sens semble cependant vouloir l'emporter, et, notamment grâce aux interventions du SNES-FSU pendant le week-end aux niveaux national et académique, le DAFPEN a annulé les formations au PAF, le ministre a échangé avec les recteurs et rectrices ce dimanche. Ensuite, notre recteur a adressé un courrier aux personnels de direction (vers 17h) indiquant de nouvelles règles strictes : présences minimales dans les établissements, télétravail privilégié, réunions diverses reportées (ou faites en visioconférence), concours et examens reportés, accueil des enfants (8 à 10 max) de personnels de santé avec des personnels volontaires. Cela fait que certains chefs d'établissement ont annulé les activités présentielles dans leurs établissements et actualisent leurs directives locales.

Mais ce n'est pas le cas partout. Le SNES-FSU a mis en ligne une Foire Aux Questions. N'hésitez pas à la consulter ! Vous y trouverez de nombreuses informations vous permettant de connaître et faire respecter vos droits et ceux de vos collègues, dans cette période particulière où la santé de toutes et tous doit être la priorité.

Nous appelons donc les collègues à ne pas se rendre dans les établissements sauf volontariat, et à nous faire remonter toute difficulté ou pression, à la section académique du SNES-FSU. Celle-ci peut fournir une aide rédactionnelle aux syndiqué-es et aux S1 des établissements qui auraient besoin d'intervenir par courrier pour faire respecter leurs droits.

La continuité pédagogique n'est pas le synonyme de "contrôle hiérarchique", ni celui d'injonctions à une "innovation pédagogique par le numérique"

Notre expertise professionnelle doit être reconnue y compris dans des situations de crise comme celle vécue actuellement : nous restons maîtres des dispositifs de suivi des élèves et des modalités de leur mise en œuvre pendant toute la période de fermeture des établissements. En aucun cas, un chef d’établissement, ni un conseil pédagogique ne peut imposer quelque pratique que ce soit aux cadres concepteurs que nous sommes.

Le ministère a lui-même publié la circulaire n° 2020-056 du 28 février 2020 pour permettre de maintenir le lien pédagogique. Elle comporte de nombreux éléments et peut aider à ne rien se laisser imposer. Le « télétravail » relève d’une organisation encadrée strictement par des textes et qu’il n’est en aucun cas possible d’imposer à un enseignant. Voir le décret n° 2016-151 du 11 février 2016 relatif aux conditions et modalités de mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique et la magistrature.

Quant aux parents d'enfants de moins de 16 ans, ils peuvent bénéficier d'une Autorisation Spéciale d'Absence en en faisant la demande au chef d'établissement. Cette autorisation d'absence au service couvre les activités distancielles, qui peuvent difficilement s'exercer lorsque l'on a la garde d'un voire de plusieurs enfants

En dépit de notre volonté de prévenir un décrochage massif de nos élèves, surtout des plus fragiles, il nous faut éviter, dans la précipitation, de multiplier de nouveaux outils numériques, aussi séduisants puissent-ils paraître :

  • Tout d’abord pour éviter de mettre en difficulté les élèves (et leurs familles) qui sont les moins équipés et les moins familiers avec les outils numériques ;

  • Il est également important d’éviter de se noyer sous un travail exponentiel dans une situation sanitaire, psychologique, matérielle et professionnelle où nous avons besoin de conserver nos forces et de nous consacrer à notre santé, à celle de nos proches et in fine à celle de l’ensemble de la société ;

  • Il est tout aussi nécessaire d’éviter de céder aux sirènes de nombreuses entreprises privées qui profitent de la crise pour multiplier les offres commerciales à destination des établissements, personnels, élèves et parents ; ces outils marketing sont souvent hors cadre réglementaire et ne respectent pas le Règlement Général sur les Données Personnelles (RGPD). C’est le cas notamment de logiciels d’exercices, de l’utilisation d’adresses mails personnelles, ou encore de différents « drives » et « clouds », réseaux sociaux et messageries instantanées. Les données des élèves, des parents et des enseignants sont des données personnelles : ne vous mettez pas hors-la-loi, ne vous faites pas piller votre travail (ces sociétés font commerce des données personnelles) !

Pour toutes ces raisons, le SNES-FSU vous conseille de continuer à utiliser les outils validés juridiquement par l’institution, en priorité les ENT. Ils fournissent, malgré leurs très nombreuses imperfections, des outils qui vous permettront de maintenir un contact pédagogique et humain avec les élèves et les familles.
Par ailleurs, le réseau Canopé est un service public appartenant à l’éducation nationale et qui propose un grand nombre de ressources pédagogiques et d’outil permettant de travailler avec le numérique (Banque de séquences didactiquescorpusetincella quizzinièrecanoprof, etc. Tous ces outils sont accessibles en ligne, gratuits et sans intention mercantile.

Il est certain que les personnels de l'éducation feront tout leur possible pour maintenir le contact scolaire avec tous les élèves, mais dans ces circonstances exceptionnelles, il faut aussi les rassurer : le brevet, les E3C et le baccalauréat seront aménagés.